Pétrolia et les forages de Bourque en Gaspésie : du gaz, mais peu de pétrole?

avr 11, 2013 | No Comments

Mille milliards de pieds cubes de gaz naturel humide aux sites Bourque, annonce un communiqué de la société Pétrolia émis le 10 avril dernier. La junior du pétrole de schiste québécois partage ainsi une partie des résultats d’analyses effectuées par la firme albertaine Sproule, sur ses forages d’exploration menés à l’été et à l’automne 2012, dans une région située entre Murdochville et Grande-Vallée, en Gaspésie.

Que signifie la nouvelle, pour nous qui voulons un moratoire d’au moins 20 ans sur la décision de faire entrer ou non le Québec dans l’exploitation des énergies sales? Que lire dans ce communiqué?

Le gaz naturel humide contient des vapeurs d’eau ou d’hydrocarbures comme le butane, le propane, le pentane ou l’hexane. Or, c’est du pétrole que cherche avant tout Pétrolia, car les hydrocarbures liquides valent beaucoup plus cher et sont plus facilement exploitables que les hydrocarbures gazeux.

Malgré l’importance de l’annonce — 1 000 000 000 000 pieds cubes de gaz naturel, les chiffres donnent le vertige —, il faut savoir qu’une infime partie de la ressource serait récupérable, et que pour l’exploiter il faudrait d’abord utiliser la fracturation (briser sous pression le sous-sol, formé de carbonate, ou calcaire), ce qui permettrait, à grands coûts financiers et environnementaux, de récupérer une fraction minime de la ressource. Il faudrait ensuite liquéfier sur place la production pour l’acheminer là où elle pourra être consommée.

Bref, il y a loin de la coupe aux lèvres. La valeur économique de cette découverte n’est tout simplement pas au rendez-vous.

C’est pourquoi Pétrolia annonce du même souffle qu’elle « prépare présentement un programme de tests de production pour les deux puits ».

Et ça, ce n’est pas une bonne nouvelle. À la recherche de pétrole issu de la fracturation, Pétrolia voudra trouver des investisseurs prêts à risquer l’aventure. Pour l’heure, l’entreprise demeure purement spéculative.

Le gouvernement du Québec, qui ne cache son rêve d’encaisser des redevances à court terme sur le dos des générations futures dans sa volonté d’exploiter les hydrocarbures, sera-t-il dupé par Pétrolia et ses mirages de profits, essentiellement spéculatifs à ce stade-ci?

Citoyens, citoyennes, ne baissons pas la vigilance et défendons l’intelligence.

Moratoire d’une génération.

Le MDG et Schiste 911, des initiatives «sophistiquées» selon une étude de l’industrie

fév 26, 2013 | No Comments

L’étude de Control Risks en ligne :
http://bit.ly/XfjiQb

Une étude menée par Control Risks, une firme internationale de consultants en gestion de risques pour grandes organisations commerciales et gouvernementales, s’est récemment penchée sur l’opposition grandissante aux technologies de fracturation pour l’extraction d’hydrocarbures à l’échelle mondiale. L’étude menée pour le compte de l’industrie de la fracturation fait référence au niveau élevé d’organisation du mouvement citoyen au Québec, à sa forte présence dans les médias sociaux, et présente Moratoire d’une génération et Schiste911 comme des initiatives « sophistiquées ».

Les mouvements citoyens de quelque 32 pays ont été étudiés pour évaluer les risques qu’ils posent à l’implantation de l’industrie et à la « «sécurité » de ses investissements. Le Québec figure au rang des régions où la vigueur du mouvement citoyen est évaluée comme importante (« significant »).

En page 8 du rapport de la firme de consultants Control Risks intitulé The Global Anti-Fracking Movement: What it Wants, How it Operates and What’s Next, on note en effet :

« In line with the generic evolution of social movements, online and social media are also instrumental in organising and mobilising the anti-fracking movement. Local and national anti-fracking demonstrations, for example, are promoted heavily via Facebook pages and Twitter feeds, with websites providing ready-made templates for posters, T-shirts and banners. At the more sophisticated end of the spectrum, for example, the anti-shale Quebecois (Canada) campaign Moratoire d’une generation maintains a dedicated initiative – Schiste 911 – to alert activists by email to drilling activity in the province. In addition, major actions – such as the stop the Frack Attack demonstration in Washington, dC, in July 2012 (endorsed by more than 130 organisations) or the worldwide Global Frackdown in september 2012 – often have sophisticated, dedicated websites that bundle fundraising, outreach, organisation and networking tools. »

Traduction (les caractères gras sont de nous) :
« Suivant en cela l’évolution typique d’autres mouvements sociaux, les ressources en ligne et les médias sociaux jouent un rôle déterminant dans l’organisation et la mobilisation du mouvement contre la fracturation. Ainsi, les manifestations locales et nationales contre fracturation font l’objet de promotions intenses par le biais du réseau Facebook et des gazouillis Tweeter, avec des sites web offrant des modèles préfabriqués pour la production d’affiches, de chandails, de bannières. À l’extrémité la plus sophistiquée du classement, par exemple, la campagne québécoise (au Canada) de Moratoire d’une Génération entretient une initiative consacrée — Schiste911 — servant à alerter par courriel les activistes de toute activité de forage éventuel dans la province. De plus, des actions importantes — comme la manifestation Stop the Frack Attack à Washington DC en juillet 2012 (appuyée par plus de 130 organisations) ou la journée mondiale Global Frackdown, en septembre 2012 —, offrent des sites dédiés sophistiqués réunissant des outils de financement, de sensibilisation, d’organisation et de réseautage. »

Le document a ceci de rassurant que l’industrie semble à même de constater que les stratégies citoyennes déployées au Québec ont eu des impacts significatifs. À l’instar d’autres mouvements dans le monde, notamment en France, les groupes québécois constituent un « risque sérieux » pour l’industrie de la fracturation, en ce sens qu’ils demeurent capables de freiner, voire de paralyser son implantation à court, moyen et, espérons-le, long termes.

Nous appartenons à un mouvement mondial. Ce mouvement gagne du terrain. Le rapport de Control Risks démontre que notre impact est à la fois redouté et grandissant. Voyons-le comme une confirmation de notre efficacité.

Ne lâchons surtout pas.

Gaz de schiste : du provisoire au moratoire?

nov 24, 2012 | No Comments

On note depuis plusieurs mois l’arrêt des activités d’exploration, de forage et de fracturation pour le gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent. S’agit-il d’un arrêt provisoire, ou bien d’un moratoire?

Les citoyenNEs du Québec n’ont toujours pas obtenu de moratoire officiel sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste, même si, dans les faits, tous les forages sont temporairement suspendus.

Pour l’instant, la seule échéance connue reste celle de la publication, en novembre 2013, d’une Étude environnementale stratégique (ÉES) sur la question, commandée en mars 2011 par le gouvernement libéral.

Rien depuis juin 2011

Sur le terrain toutefois, un arrêt temporaire des activités de forage et de fracturation existe depuis le 17 juin 2011, date à laquelle, à la veille d’une grande manifestation prévue à Montréal au terme d’une marche de 700 km réclamant un moratoire d’une génération, le ministre de l’Environnement du gouvernement libéral annonçait pour la première fois l’arrêt de tous les travaux pour plusieurs mois.

Comme le gouvernement libéral avant lui, le gouvernement minoritaire du Parti Québécois a lui aussi annoncé, mais sans décret officiel, son intention de ne pas autoriser la reprise des forages pour le gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent avant la publication de l’ÉES.

Au gouvernement minoritaire

L’actuelle ministre des Ressources naturelles, Mme Martine Ouellet, qui avait notamment participé à la marche de juin 2011, a quant à elle partagé publiquement le 20 septembre dernier sa position pour un moratoire sur les gaz de schiste:

« Notre position est très claire, dit-elle, on veut un moratoire complet, tant sur l’exploration que sur l’exploitation du gaz de schiste. Et nous n’avons pas changé d’idée », a-t-elle précisé, réitérant en cela la promesse électorale du Parti Québécois, avant d’ajouter : « Je ne vois pas le jour où il y aura des technologies qui permettront une exploitation sécuritaire [des gaz de schiste] ».

Cette dernière déclaration a provoqué une vive réaction de l’industrie, en particulier de la part de l’ancien chef du Parti Québécois, André Boisclair, et de l’ancien premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, tous deux devenus porte-parole de l’industrie (M. Boisclair a depuis été nommé représentant du Québec à New York). Si bien que Mme Pauline Marois, première premier ministre du Québec, a dû tempérer les propos de sa nouvelle ministre : « Ce n’est pas l’arrêt de mort (de l’exploitation), mais on va faire les études correctement », a-t-elle déclaré.

Dans cette veine, le ministre du Développement durable et de l’Environnement, Daniel Breton, étudierait la possibilité de retirer le mandat confié au comité de l’ÉES, discrédité par la présence de membres de l’industrie gazière en son sein, pour retourner les études d’impact sur le gaz de schiste au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). On ignore pour l’instant quel impact aura la commission parlementaire qui doit se pencher sur les interventions alléguées du ministre auprès du BAPE.

Pause provisoire ou moratoire?

Aucun parti au pouvoir, ni le Parti libéral ni le Parti québécois, n’a encore officiellement décrété de moratoire sur la fracturation hydraulique au Québec. Nous attendons toujours l’imposition d’un temps d’arrêt juridiquement contraignant par un gouvernement, quel qu’il soit.

Toutefois, si un moratoire se définit par la « suspension volontaire d’une action, d’un processus », on peut conclure qu’au Québec, un moratoire sur les gaz de schiste a bel et bien été imposé.

Si un moratoire à l’exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent existe, nous le devons seulement à l’action volontaire, à la formidable détermination de l’opposition citoyenne. Le moratoire sur les gaz de schiste, c’est donc nous, citoyennes et citoyens partout au Québec, qui l’avons imposé. Rien ne sert d’en douter, l’action citoyenne a transformé la réalité.

Est-ce donc ainsi qu’on change le monde? En cessant de croire que le changement vient uniquement d’en haut? Le pouvoir, n’est-ce pas aussi et peut-être surtout au bas de la pyramide qu’il s’exerce?

Et si le nouveau pouvoir citoyen était la véritable semence d’un Québec énergétiquement transformé? Et s’il s’agissait pour nous, citoyens et citoyennes, de renforcer notre action? Et si était venu le temps de dire : semons-nous les uns les autres…

En parlant, en organisant, en marchant, en transformant, en bloquant au besoin, en proposant partout où nous sommes. Sans rien attendre d’en haut qu’un peu de pluie et de soleil.

Danger au soleil levant

Que nous réserve l’avenir? Renforcé notamment par l’effondrement des prix du gaz provoqué par l’exploitation intensive des gaz de schiste ailleurs en Amérique du Nord, le contexte général de l’industrie demeure défavorable. On peut donc conclure à l’improbabilité d’une reprise à court terme des tentatives de forages pour gaz de schiste au Québec.

Mais tout change si vite. Un gouvernement, surtout minoritaire, tombe facilement. Un moratoire, c’est toujours provisoire.

De plus, nous assistons en ce moment, à l’infiltration des nouvelles filières — pétrole en milieu marin et pétrole par fracturation — sur le front est de la province : Gaspésie, Anticosti, Old Harry. Tandis que la pression du bitume albertain pousse plus fort que jamais dans les tubulures branchées sur l’Ouest.

Ce sera l’objet de prochains billets.