Gaz de schiste : du provisoire au moratoire?

Posted by: on nov 24, 2012 | No Comments

On note depuis plusieurs mois l’arrêt des activités d’exploration, de forage et de fracturation pour le gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent. S’agit-il d’un arrêt provisoire, ou bien d’un moratoire?

Les citoyenNEs du Québec n’ont toujours pas obtenu de moratoire officiel sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste, même si, dans les faits, tous les forages sont temporairement suspendus.

Pour l’instant, la seule échéance connue reste celle de la publication, en novembre 2013, d’une Étude environnementale stratégique (ÉES) sur la question, commandée en mars 2011 par le gouvernement libéral.

Rien depuis juin 2011

Sur le terrain toutefois, un arrêt temporaire des activités de forage et de fracturation existe depuis le 17 juin 2011, date à laquelle, à la veille d’une grande manifestation prévue à Montréal au terme d’une marche de 700 km réclamant un moratoire d’une génération, le ministre de l’Environnement du gouvernement libéral annonçait pour la première fois l’arrêt de tous les travaux pour plusieurs mois.

Comme le gouvernement libéral avant lui, le gouvernement minoritaire du Parti Québécois a lui aussi annoncé, mais sans décret officiel, son intention de ne pas autoriser la reprise des forages pour le gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent avant la publication de l’ÉES.

Au gouvernement minoritaire

L’actuelle ministre des Ressources naturelles, Mme Martine Ouellet, qui avait notamment participé à la marche de juin 2011, a quant à elle partagé publiquement le 20 septembre dernier sa position pour un moratoire sur les gaz de schiste:

« Notre position est très claire, dit-elle, on veut un moratoire complet, tant sur l’exploration que sur l’exploitation du gaz de schiste. Et nous n’avons pas changé d’idée », a-t-elle précisé, réitérant en cela la promesse électorale du Parti Québécois, avant d’ajouter : « Je ne vois pas le jour où il y aura des technologies qui permettront une exploitation sécuritaire [des gaz de schiste] ».

Cette dernière déclaration a provoqué une vive réaction de l’industrie, en particulier de la part de l’ancien chef du Parti Québécois, André Boisclair, et de l’ancien premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, tous deux devenus porte-parole de l’industrie (M. Boisclair a depuis été nommé représentant du Québec à New York). Si bien que Mme Pauline Marois, première premier ministre du Québec, a dû tempérer les propos de sa nouvelle ministre : « Ce n’est pas l’arrêt de mort (de l’exploitation), mais on va faire les études correctement », a-t-elle déclaré.

Dans cette veine, le ministre du Développement durable et de l’Environnement, Daniel Breton, étudierait la possibilité de retirer le mandat confié au comité de l’ÉES, discrédité par la présence de membres de l’industrie gazière en son sein, pour retourner les études d’impact sur le gaz de schiste au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). On ignore pour l’instant quel impact aura la commission parlementaire qui doit se pencher sur les interventions alléguées du ministre auprès du BAPE.

Pause provisoire ou moratoire?

Aucun parti au pouvoir, ni le Parti libéral ni le Parti québécois, n’a encore officiellement décrété de moratoire sur la fracturation hydraulique au Québec. Nous attendons toujours l’imposition d’un temps d’arrêt juridiquement contraignant par un gouvernement, quel qu’il soit.

Toutefois, si un moratoire se définit par la « suspension volontaire d’une action, d’un processus », on peut conclure qu’au Québec, un moratoire sur les gaz de schiste a bel et bien été imposé.

Si un moratoire à l’exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent existe, nous le devons seulement à l’action volontaire, à la formidable détermination de l’opposition citoyenne. Le moratoire sur les gaz de schiste, c’est donc nous, citoyennes et citoyens partout au Québec, qui l’avons imposé. Rien ne sert d’en douter, l’action citoyenne a transformé la réalité.

Est-ce donc ainsi qu’on change le monde? En cessant de croire que le changement vient uniquement d’en haut? Le pouvoir, n’est-ce pas aussi et peut-être surtout au bas de la pyramide qu’il s’exerce?

Et si le nouveau pouvoir citoyen était la véritable semence d’un Québec énergétiquement transformé? Et s’il s’agissait pour nous, citoyens et citoyennes, de renforcer notre action? Et si était venu le temps de dire : semons-nous les uns les autres…

En parlant, en organisant, en marchant, en transformant, en bloquant au besoin, en proposant partout où nous sommes. Sans rien attendre d’en haut qu’un peu de pluie et de soleil.

Danger au soleil levant

Que nous réserve l’avenir? Renforcé notamment par l’effondrement des prix du gaz provoqué par l’exploitation intensive des gaz de schiste ailleurs en Amérique du Nord, le contexte général de l’industrie demeure défavorable. On peut donc conclure à l’improbabilité d’une reprise à court terme des tentatives de forages pour gaz de schiste au Québec.

Mais tout change si vite. Un gouvernement, surtout minoritaire, tombe facilement. Un moratoire, c’est toujours provisoire.

De plus, nous assistons en ce moment, à l’infiltration des nouvelles filières — pétrole en milieu marin et pétrole par fracturation — sur le front est de la province : Gaspésie, Anticosti, Old Harry. Tandis que la pression du bitume albertain pousse plus fort que jamais dans les tubulures branchées sur l’Ouest.

Ce sera l’objet de prochains billets.